Otkazniki
Des enfants orphelins grandissent à l'hôpital
Pour les soutenir
Début 2007, le scandale d’Ekaterinbourg* a mis en évidence la question des
enfants orphelins qui vivent dans des hôpitaux. Des enfants parfaitement en bonne santé grandissent à l’hôpital, dans
l’atmosphère confinée de la maladie et du désinfectant, mangent de la nourriture pour malades, passent leurs journées
alités. Ils ne reçoivent aucun des soins et encore moins l’affection nécessaires à leur épanouissement.
Ces enfants abandonnés se retrouvent dans cette situation principalement pour deux raisons
: le manque de place dans les maisons d’enfants, c’est-à-dire les orphelinats qui accueillent les enfants de la
naissance jusqu’à l’âge de trois ans ou l’absence de situation administrative claire. Maria, deux ans n’existe pas
officiellement. Comme il n’y a aucune trace de sa naissance, elle n’a aucun statut. Elle est née à Moscou et sa mère qui a
disparu était déclarée à Lioubertsy. Les fonctionnaires des organes de tutelle se sont transformés en détectives depuis
plusieurs mois mais à l’heure actuelle, la petite fille n’a toujours aucune preuve de sa naissance. Maria est donc
condamnée à vivre à l’hôpital. Sans papiers, elle ne peut ni intégrer une maison d’enfants, ni rejoindre
une famille.
Il est difficile d’estimer leur nombre mais ils sont sans doute quelques milliers. Chaque
grand hôpital pédiatrique a ses "otkazniki", nombreux dans les grands centres urbains, - 180 ont été dénombrés dans
un hôpital de Voronej mais parfois un ou deux dans les régions excentrées. C’est un flux très mouvant car de nouveaux
arrivent, d’autres obtiennent une place dans une maison d’enfants, sont placés dans une famille d’accueil ou adoptés. Mais
il arrive fréquemment que des enfants de deux ou trois ans soient à l’hôpital depuis leur naissance parce qu’aucune solution
n’a été trouvée pour eux. A certaines périodes, le phénomène s’amplifie, après les fêtes de Noël par exemple. Ou bien des
circonstances particulières entraînent une recrudescence du nombre d’"otkazniki ". En 2006, lorsque la Russie a décidé de
ralentir l’adoption internationale, aucune place ne se libérait plus dans les maisons d’enfants et les enfants abandonnés
se retrouvaient systématiquement à l’hôpital comme à Ekaterinbourg et à Tomsk.
Sur le plan légal, ces enfants dépendent de trois ministères et d’une administration
locale (les autorités de tutelle) qui se renvoient mutuellement la responsabilité de ces cas complexes. Les autorités leur
assurent un lit, la nourriture et les médicaments mais ne se préoccupent de rien d’autre.
REMEDIONS A CETTE SITUATION INACCEPTABLE !
A Moscou s'est créé un réseau de bénévoles qui visitent une centaine d'hôpitaux dans un rayon de 450 km autour de la
capitale. Ils apportent un premier secours pour améliorer le quotidien (vêtements, nourriture, jouets, couches) mais il
arrive aussi qu'ils rénovent les chambres, apportent du mobilier et même qu'ils installent le chauffage. Cette aide perçue
positivement par l'administration permet de faire accepter des nourrices qui vont s'occuper des enfants et leur apporter les
soins et l'affection dont ils ont besoin. Elle permet d'engager un dialogue avec les autorités afin de sortir les enfants du
milieu hospitalier et de leur trouver une famille. C'est grâce à cette action entreprise il y a quatre ans que l'opinion
publique russe prend conscience de cette situation indigne et se mobilise pour donner une vie décente à ces enfants
abandonnés de tous. Par leur présence les "visiteurs d'hôpitaux" engagent tous les acteurs concernés à trouver une solution
et nous espérons donner suffisamment d'envergure à cette action pour que bientôt, plus aucun nouveau-né ne commence sa vie
entre les quatre murs d'un hôpital.
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TOUS ENSEMBLE, AGISSONS !
Le profond désarroi qui a gagné la Russie dans les années quatre-vingt-dix est toujours
prégnant dans les couches les plus fragiles de la société. Des fléaux tels que le chômage, l’alcoolisme, la drogue, le sida,
la spéculation, ... frappent toujours de nombreuses personnes qui abandonnent leur enfant parce qu’elles ne se sentent pas
capables de l’élever. Un phénomène assez récent est l’augmentation du nombre de très jeunes mères de 15 ou 16 ans qui
laissent leur enfant sous la pression familiale.
S'il est difficile, dans les conditions actuelles d’envisager une politique sociale efficace et
respectueuse de l’individu, quelques mesures pourraient néanmoins être prises dans un délai raisonnable pour améliorer le
sort de ces enfants abandonnés. Le développement du placement familial et de l’adoption nationale permettrait de les sortir
des hôpitaux très rapidement. Créer une instance unique semble indispensable pour gérer rapidement chaque cas sur le
plan administratif et trouver une solution rapide pour chacun des enfants.
Selon la loi, un enfant abandonné à la naissance doit subir un examen médical complet avant son
entrée dans une structure d’accueil. Il est donc envoyé de la maternité à l’hôpital et si aucune solution de
placement n’est possible, il y reste. C’est ainsi que de nombreux nouveaux-nés échouent dans les structures hospitalières.
Mais des enfants arrivent aussi des orphelinats et maisons d’enfants qui sont surpeuplés, la milice amène des enfants des
rues ramassés dans des gares, des parents laissent leur enfant parce qu’il souffre d’un handicap, etc. Personne n’a l’air
choqué d’abandonner un enfant dans un hôpital, dans un lieu fermé régi par des règles très strictes. Par exemple, les
visites sont interdites, à l’exception de celles des soeurs de charité. Le personnel médical n’a ni le temps, ni la
formation pour s’occuper de ces enfants qui représentent une charge supplémentaire. C’est la raison pour laquelle ces
petits enfants sont bien souvent livrés à eux-mêmes, enfermés dans une chambre, parfois attachés à leur lit ou bâillonnés.
Certains ne connaissent pas d’autre environnement que les quatre murs de leur chambre, ignorent ce
qu’est un jouet, ne savent pas ce qu’est un câlin.
*Dans un hôpital, une infirmière étouffait les cris d’un bébé à l’aide d’un sparadrap. Une patiente
l’ayant filmée avec son téléphone a envoyé le document aux médias qui l’ont largement diffusé (y compris TF1). Les
autorités ont entamé une enquête qui a révélé plusieurs cas similaires dans la région.
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