|
L’ACER-RUSSIE et le placement familial en Russie
Le contexte socio-économique local
De nombreux Russes vivent dans des conditions très difficiles : chômage, bas salaires, fortes inégalités sociales. En
raison de la détérioration du système de protection sociale socialiste qu’a entraîné la fin du régime communiste, de
nombreux enfants sont négligés, maltraités ou abandonnés par leurs parents. Le nombre de mineurs s’est réduit au cours des
quinze dernières années de 11 millions pour atteindre 28 millions en 2006, soit 20% de la population totale. On estime à
plus de 700 000 le nombre d’enfants abandonnés et chaque année, plus de 120 000 enfants perdent la protection de leurs
parents. De 90 à 95% d’entre eux sont des orphelins sociaux : ils ont encore leurs parents mais soit ceux-ci n’ont pas les
moyens de s’en occuper, soit ils ont été déchus de leurs droits parentaux (pour cause de prison, alcoolisme, mauvais
traitements...). Ces enfants n’ont eu longtemps pour alternative que le placement en institution ou la rue.
200 000 d’entre eux vivent dans des institutions gérées par l’Etat, institutions qui reçoivent des subventions insuffisantes
et manquent d’argent pour la nourriture, les médicaments, le matériel scolaire et de loisirs, les salaires du personnel...
Ceux qui « choisissent » la rue sont poussés par la spéculation immobilière qui conduit leurs parents à la rue, la
consommation importante d’alcool et de stupéfiants (eux-mêmes et leurs parents), la violence intra familiale, etc.
Aujourd’hui le développement de l’accueil dans des familles cherche à se développer.
Conscients que le placement en institutions - notamment dans l’état où elles sont - est peu propice à l’épanouissement de
l’enfant et à son insertion sociale, nombre d’acteurs sociaux s’attachent à développer le placement, même temporaire, en
famille d'accueil. Mais ce mode de placement est encore peu développé à cause du manque de financement, de l’absence de
recrutement, de préparation et de suivi des familles d'accueil par des professionnels.
Ces dernières années, les instances de protection sociale ont confirmé leur volonté de créer des « groupes familiaux
éducatifs » (terme souvent utilisé en Russie pour familles d'accueil). Mais la majorité des organes de tutelle qui ont la
responsabilité légale du placement des enfants en difficulté n’ont ni les moyens, ni la formation nécessaire pour organiser
ce travail.
L’action de l’ACER-RUSSIE
L’ACER-RUSSIE, qui connaît bien la situation des orphelinats en Russie, et aide un certain nombre d’entre eux, mène, pour
accompagner et renforcer le placement familial, une action importante qui poursuit les objectifs suivants :
-
contribuer à mettre en place un recrutement et une formation des familles d’accueil
-
convaincre les autorités de mener une politique en faveur du placement familial (formation et accompagnement des
différents acteurs, campagnes de communication pour sensibiliser l’opinion).
L’ACER-RUSSIE :
-
organise et finance (soit directement, soit avec l’aide de partenaires) des échanges d’expérience entre experts russes et
français (missions croisées, séminaires).
-
soutient financièrement les institutions qui oeuvrent au développement du placement familial.
Les actions menées sont les suivantes :
-
De 2002 à 2005, soutien financier à des familles accueillant des enfants et soutien à la formation et au suivi de ces
familles d’accueil dans le cadre d’un projet pilote du centre Dom Miloserdie à Saint-Pétersbourg
-
Avril 2002 - mission en France de Vladislav Nikitine du centre Dom Miloserdie pour découvrir le système de prise
en charge français de l’enfance en difficulté
-
Mai 2003 - mission à Paris d’Emma Ogarycheva, directrice de l’association russe Le Droit de l’enfant : visite de
services de placement, d’associations en charge de placement d’enfants, de lieux d’accueil de familles en difficulté
(Association Jean Coxtet, ARPPFS, « La colline aux enfants », Union française de protection de l’enfance UFSE, etc.)
-
1er au 4 juin 2004 - séminaire « Formation et accompagnement des familles d’accueil : l’expérience du travail
des associations et institutions françaises » à Saint-Pétersbourg (co-organisateurs : Dom Miloserdie et
l’ACER-RUSSIE). 30 participants : des spécialistes venant de Saint-Pétersbourg, Moscou et de la région d’Ivanovo, des
représentants de l’assemblée et de la mairie de Saint-Pétersbourg, deux spécialistes français
-
2005 : création du site Internet du centre Dom miloserdie afin de sensibiliser l’opinion publique au problème des
enfants orphelins et au développement de familles d'accueil
-
1er au 4 novembre 2005 - séminaire « Approche institutionnelle de la prise en charge des enfants retirés à leurs
parents » (Saint-Pétersbourg) : 75 participants dont des représentants de 13 régions de Russie, experts français (3),
membres d’associations, d’institutions publiques, représentants du pouvoir exécutif et législatif. Rencontre avec les
principales organisations travaillant sur le placement familial en Russie sous forme d’une table ronde organisée dans les
locaux de Dom Miloserdie avec la participation de Christian Mesnier, président de l’Association Nationale des
Placements Familiaux.
Principales conclusions et préconisations
D’ores et déjà certaines régions (Moscou, Saint-Pétersbourg. Kaliningrad, Vladimir, Kalouga, Samara, Perm, Oufa, Tomsk) ont
une politique active de développement du placement familial (accroissement du nombre d’enfants placés, formation des
professionnels et des familles d’accueil), qui met en évidence les aspects positifs de ce type de prise en charge mais
souligne en même temps que les familles d’accueil ont besoin d’être soutenues financièrement, d’être formées et
accompagnées par les services en charge de l’enfant.
La législation doit évoluer et prévoir (ou améliorer) :
-
la création de services de placement (l’existence de services de placement professionnel accroît de 10 à 12 fois le nombre
d’enfants placés et diminue de 4 à 5 fois les échecs, la restitution de l’enfant ou le non respect de ses droits par la
famille d’accueil)
-
une définition précise et le développement des différentes formes de placement familial. En effet, les imprécisions
actuelles (famille-patronage, famille éducative, groupe éducatif…) entraînent une méconnaissance des droits et devoirs des
uns et des autres
-
des contrats entre services de placement et familles d’accueil renforçant le caractère professionnel de la fonction de
parent d’accueil, son droit à rémunération, à congé, à formation et à retraite
-
l’accompagnement des familles d’accueil, avec notamment un contrat (distinct du précédent) signé de la famille d’accueil et
du service de placement qui précise les responsabilités des uns et des autres, les modalités d’accompagnement et de suivi
de la famille d’accueil, l’inclusion des familles-patronage et des familles d’accueil dans la liste des professions, avec
définition des qualifications nécessaires.
Le Code de la famille doit être modifié : le placement familial n’y apparaît pas bien qu’il soit préférable pour l’enfant
et que de plus il présente un intérêt économique pour la société puisque son coût est de 35 à 50% moins élevé que le
placement en institution. Ce Code doit en outre mettre un terme à l’éparpillement des administrations en charge des droits
de l’enfant. Le placement familial doit être érigé comme priorité de la politique sociale avec mise en œuvre de programmes
d’ensemble qui prévoient une information de l’opinion, la création de services de placement et la formation de personnel
pour y travailler. Enfin, ce séminaire a décidé la création d’une association russe du placement familial.
|
-
2006 : création de KOURS, association regroupant des experts d’une vingtaine de régions de Russie pour la promotion
et le développement du placement familial professionnel.
KOURS
A la suite de deux séminaires franco-russes, ainsi que du séminaire de mars 2005 à Moscou sur les « Aspects méthodologiques
et législatifs du développement de services professionnels pour le placement familial en Russie », est créée
l’association professionnelle KOURS dont l’objet est le soutien des organisations gouvernementales et sociales
ainsi que des citoyens oeuvrant pour la protection des droits de l’enfant en situation difficile, pour leur éducation et
leur développement en milieu familial.
Ses champs d’action :
-
instaurer un lien permanent entre les membres de l’association
-
coordonner l’activité des membres et assurer un échange d’expérience
-
coopérer pour les relations avec les organes du pouvoir (de l’Etat et de l’administration locale) ainsi qu’avec les
personnes morales et physiques
-
participer à l’élaboration de projets de loi dans le domaine des droits et des intérêts de l’enfant vivant dans des
conditions difficiles
-
assurer la protection nécessaire des droits et intérêts de l’enfant en situation difficile, représenter ses intérêts auprès
de la justice, dans les relations avec les organes de l’Etat, de l’administration locale ainsi qu’avec les personnes
morales ou physiques
-
représenter et défendre les droits et intérêts des membres
-
participer au recrutement de nouveaux membres : familles, experts en placement familial, organisations travaillant dans ce
domaine
-
élaborer des programmes et méthodes de travail nouveaux avec les enfants vivant dans des conditions difficiles et avec les
familles d’accueil
-
élaborer des principes et standards pour l’activité avec les enfants vivant dans des conditions difficiles et pour les
familles d’accueil
-
améliorer la qualification des experts travaillant dans le domaine et celle des parents d’accueil
-
organiser séminaires, conférences, ateliers, etc.
-
élaborer des programmes et projets communs pour atteindre les objectifs
-
contribuer à former l’opinion : formation de normes et principes permettant de constituer un milieu propice au développement
et à l’amélioration du placement familial pour les enfants retirés à leurs parents, propice, également, à la réinsertion
- en milieu familial - des enfants vivant dans des conditions difficiles.
|
-
2007 : soutien d’une campagne lancée par l’association Le Droit de l’enfant à Smolensk : Smolensk sans enfants
abandonnés
- modifier l’approche de la population à l’égard des enfants sans parents
- former les acteurs du domaine enfance - famille à l’approche du problème de l’enfant sans parents
- mettre en place des réseaux d’information afin que chaque enfant ait près de lui un ami et un éducateur adultes
- désinstitutionnaliser le sort des enfants privés de leurs parents.
-
24 - 26 septembre 2007 - conférence à Smolensk « La prise en charge des orphelins, le placement dans les familles d’accueil »
organisée par l’association Le Droit de l’enfant. Ce séminaire, organisé par l’ACER-RUSSIE, Le Droit de l’enfant,
l’administration de la région de Smolensk, le centre de suivi psycho-médico-social SOGOU de Smolensk, a réuni plus de 60
participants : responsables administratifs, directeurs de centres d’accueil d’enfants, 2 experts français, associations
s’occupant d’enfants en difficulté.
Principaux thèmes abordés :
-
la législation en France (rôle de l’Etat et des collectivités locales) (Christian Mesnier)
-
la similitude entre France et Russie et la permanence des questions - clés qui accompagnent le placement familial : le
rôle de la famille biologique, les contradictions entre les décisions de justice ou administratives et les intérêts de
l’enfant, le partage de l’autorité entre les familles d’accueil et les professionnels qui les accompagnent (Christian
Mesnier et Anne-Marie Sermot)
-
les principes fondamentaux du placement familial en Russie à partir de l’expérience de la maison d’enfants n°19 (Moscou)
: respect des intérêts de l’enfant, aspects juridiques et organisationnels du partage de responsabilités entre tous les
acteurs du processus (l’enfant, ses parents biologiques, la famille d’accueil, les organes de tutelle, l’administration
responsable), travail en équipe, formation approfondie des spécialistes, prise en compte du processus dans son ensemble
qui va du repérage de la famille en difficulté jusqu’à la maturité de l’enfant ou la résolution des problèmes qui gênaient
son développement et son insertion dans la société (Maria Kapilina et Irina Ossina)
-
la nécessaire évolution de la législation russe concernant notamment les fondements juridiques et organisationnels de la
coopération entre les organes de tutelle et les institutions et associations à même d’assurer concrètement le suivi
psycho-pédagogique, médico-social et juridique des familles d’accueil : le rôle des services de placement familial devrait
être assumé par des subdivisions spécialement créées au sein des centres d’aide à la famille et à l’enfance qui existent
dans les différents quartiers. Les organes de tutelle, devraient, en tant que responsables du placement familial, se voir
attribuer les droits leur permettant d’utiliser de manière pleine et suivie - pour le placement en famille d’accueil, la
formation et le suivi des familles - les ressources des institutions et des associations qui s’occupent d’enfants orphelins
ou retirés à la charge de leurs parents (Vladislav Nikitine)
-
le développement du placement dans les « familles-patronage » à Smolensk : accroissement du nombre de familles d’accueil
candidates, professionnalisation des personnes travaillant dans le domaine du placement familial (Svetlana Kouzmenkova)
-
le travail de prévention et de soutien avec la famille biologique (discussions)
-
la formation et l’accompagnement des familles d’accueil (discussions).
|
-
4 - 7 novembre 2008 - séminaire à Saint-Pétersbourg « Le placement familial : les frontières psychologiques et juridiques
de la coopération entre les spécialistes et les familles d'accueil », organisé par l’association russe Dom miloserdie
avec le soutien du ministère français des Affaires étrangères, de l’ACER-RUSSIE et de la Fondation Grancher. 50
participants (experts de différentes régions de Russie, collaborateurs d’organisations privées et publiques russes,
représentants de l’administration, deux experts français.
Thèmes abordés :
-
La nécessité de maintenir les relations de l’enfant avec sa famille biologique et de ne pas considérer la famille
d’accueil comme une « famille de remplacement ». La famille d’accueil complète les fonctions que n’ont pas rempli les
parents biologiques, mais ne saurait les «remplacer».
-
La stigmatisation des enfants dans les écoles, jardins d’enfants : causes et voies possibles pour la surmonter
-
La nécessité d’une formation professionnelle de la famille d’accueil, condition nécessaire à la désinstitutionnalisation
des enfants retirés à la charge de leurs parents
-
Analyse de deux conceptions du placement familial : un enfant pour une famille / une famille pour un enfant
-
La famille d’accueil : comment surmonter la contradiction entre rôle familial et rôle professionnel, comment éviter les
excès ?
-
Comment accompagner la famille d’accueil en dehors de la formation ?
-
Le travail des professionnels du placement familial et la formation des parents des familles pour aider à surmonter les
suites des traumatismes (agressivité injustifiée, vols, mauvaise estime de soi, destruction des liens)
-
L’expérience du placement familial dans les régions de Russie
-
La nouvelle législation sur le placement familial.
Principales conclusions
Seul un important accompagnement (et non pas seulement un « contrôle ») de la famille d’accueil par les professionnels
permet que les différents moyens alloués ne le soient pas en vain, peut apporter à l’Etat et à la société les effets
escomptés. A défaut, et les collaborateurs de l’administration doivent y réfléchir sérieusement, les moyens apportés par
l’Etat à la famille d’accueil peuvent « partir en fumée » et même être contre-productifs. Les moyens mis en œuvre en France
pour accompagner les familles d’accueil sont les suivants : des groupes de travail réunissant les mères d’accueil,
d’autres groupes auxquels participent psychologue et travailleur social, des visites régulières à la famille,
possibilité de contacter 24h sur 24 le service d’accompagnement, obligations administratives de la famille d’accueil
définies dans le contrat et garanties par le directeur du service d’accompagnement.
Malgré la différence entre la France et la Russie du statut juridique de la famille biologique dans ses rapports avec son
enfant lorsque celui-ci n’a pas bénéficié des soins nécessaires, le problème de la relation de l’enfant placé avec sa
famille biologique se pose de façon aussi aiguë dans les deux pays. Il est essentiel de traiter ce problème dans la
formation de la future famille d’accueil et dans son accompagnement par les professionnels. Il est essentiel de maintenir
les relations de l’enfant avec sa famille biologique, et de ne pas considérer comme une « famille de remplacement » la
famille d’accueil : celle-ci complète les fonctions que n’ont pas rempli les parents biologiques, mais ne saurait les
« remplacer ».
Pour lutter contre la mauvaise image, en Russie, des familles d’accueil, il faut que tous - pédagogues, psychologues,
politiques, professions artistiques - fassent de l’éducation des enfants placés une puissante composante socio-culturelle
de la vie sociale. Les difficultés à l’école ou au jardin d’enfant des enfants placés en famille d’accueil s’expliquent
par leur hyperactivité, liée au souvenir douloureux de ce qu’ils ont vécu (les enfants s’empêchent d’y penser en se
noyant dans l’action). La compréhension de cette agressivité et la coopération entre la famille d’accueil, les
professionnels qui l’accompagnent et les enseignants ou éducateurs peut apaiser les conflits.
La « professionnalisation » des familles d’accueil correspond à des approches différentes dans les deux pays : en Russie,
ce terme est réservé aux familles accueillant un enfant handicapé, malade, ou dont le placement est provisoire alors
qu’en France, il est considéré que toute famille d’accueil a un statut professionnel, attesté par la rémunération,
l’accompagnement et la formation, qui n’est pas l’acquisition de pratiques de conduite avec l’enfant mais la réflexion
sur la position des parents d’accueil par rapport à l’enfant, à sa famille d’origine et aux professionnels de
l’accompagnement (un diplôme d’assistant familial a été récemment créé). Le choix d’une famille d’accueil pour un enfant
donné : le recours à une base de données des enfants à placer ne saurait se substituer à une concertation approfondie entre
familles d’accueil et professionnels autour de l’enfant. Il est nécessaire d’oeuvrer pour que des décrets d’application de la
nouvelle loi du 24 avril 2008, entrée en vigueur le 1er septembre, traitent de la formation et de
l’accompagnement des familles d’accueil. Une concertation est nécessaire entre les organes de tutelle et les associations
s’occupant de placement familial.
|
L’expérience française a été transmise par Christian Mesnier, directeur de la fondation Grancher et membre de l’ANPF
(Association Nationale du Placement Familial) et Anne-Marie Sermot, éducatrice spécialisée à Paris dans le suivi des
enfants placés dans des familles d’accueil.
Bibliographie
Enfants abandonnés ou orphelins sociaux ? Évolution de la politique sociale dans la Russie de la perestroïka et
post-communiste (1989-2004), Dorena Caroli, Università degli studi di Macerata, Italie
Par suite du démantèlement du système de protection sociale socialiste causé par l’effondrement du régime
communiste en Russie, un nombre très important d’enfants s'est trouvé sans abri, à la rue et sans éducation. Selon les
chiffres officiels, trois à cinq millions d’enfants sont ainsi à l’abandon, dont seulement 700 000 sont des orphelins et
enfants de parents déchus de l’autorité parentale. Les autres sont des enfants négligés par leurs parents ou risquant de se
retrouver dans des conditions de vie dangereuses, dépourvus de protection et d’éducation.
Cet article analyse les mesures de prévention de l’abandon introduites dans la période 1989-2004 par le ministère du Travail
et du Développement social, principale institution en charge des programmes concernant l'enfance. Il analyse d'abord les
mesures adoptées par le gouvernement, notamment la loi de 1999 sur la prévention de l’abandon et de la délinquance juvénile
(création d'établissements de prise en charge et de nouveaux services) ; ensuite les mesures adoptées visant à placer les
enfants abandonnés dans des familles d'accueil ; puis l’institution d’un délégué des droits des enfants dans plusieurs
villes de Russie. Enfin, il s’intéresse à l’attitude des enfants face à la vie en orphelinat et à leurs chances de
réinsertion, telles que révélées par différentes enquêtes sociologiques. Cet ensemble de mesures permet à l’auteur de
montrer aussi bien les aspects contradictoires de la politique sociale de la transition que ses coûts sociaux, payés
surtout par la nouvelle génération qui risque d'être condamnée à une exclusion sociale sans issue.
Placement familial des enfants laissés sans soins parentaux en Fédération de Russie - État et problématique,
V.S. Tsekhonia, directrice, Département de l'approvisionnement méthodico-organisationnel de la banque de données relatives
aux enfants laissés sans soins par leurs parents, ministère de l'Éducation de la Fédération de Russie, Moscou
Extraits
« L’analyse des statistiques concernant le placement des enfants recensés au cours des cinq dernières
années démontre que la proportion des enfants placés en famille et des enfants institutionnalisés ne change pratiquement
pas. 25 à 30% des enfants recensés sont dirigés vers les orphelinats, alors que 70% sont placés en famille. Ainsi, en 2003,
66% des enfants recensés ont été placés en famille, alors que 34% ont été dirigés vers les institutions pour enfants
laissés sans soins parentaux.
La formule de placement familial la plus répandue en Russie est la tutelle (la curatelle). Conformément à la législation
en vigueur les tuteurs (curateurs) remplissent leurs fonctions bénévolement, en recevant de l’État des moyens monétaires
pour l’achat de nourriture, de vêtements, de chaussures et d’autres articles pour leurs pupilles. En général, la tutelle
(la curatelle) est confiée aux proches parents des enfants (grands-mères et grands-pères, oncles et tantes, frères et soeurs). Afin d’assurer la possibilité de laisser l’enfant avec les parents et accorder à ces derniers
un soutien professionnel, ou, si cela est impossible, afin de trouver pour l’enfant une famille d’accueil, on développe en
Russie une formule de placement telle que le patronage. C’est une formule analogue à celle qui est largement répandue à
l’étranger où les enfants sont placés dans des familles d’accueil (foster families). Elle est basée sur la répartition des
droits et des obligations en matière de protection des droits de l’enfant entre les parents (s’il y a des parents et
s’ils ne sont pas déchus de leurs droits parentaux), le service autorisé de l’organisme de tutelle et l’éducateur qui
assume le patronage.
À l’heure actuelle, on peut dire que l’étape de développement du modèle de la réorganisation de l’institution pour enfants
orphelins en établissement de patronage est terminée. Dans la plupart des régions qui participent à l’expérience, on a mis
au point des documents normatifs réglementant le patronage et le travail de ces établissements ainsi que le fonctionnement
de leurs services.
Tous les participants à l’expérience procèdent à la formation des candidats au patronage et appliquent les techniques de
l’évaluation de la famille qui diffèrent substantiellement des méthodes formelles utilisées généralement par les
organismes de tutelle et de curatelle permettant ainsi d’augmenter le pourcentage de placement réussi des enfants.»
|