Service « suicidaire »
© M. Troubetzkoï
La cause officielle de mortalité la plus répandue dans l’armée russe en temps de paix est : «suicide» ou «poussé au suicide». Dans
40 % des cas c’est cette version qui est annoncée aux familles. Une conférence de presse de l’association non gouvernementale
« Le Droit des mères » s’est déroulée à Moscou le 20 février dernier. Cette association défend les droits des mères dont les fils sont morts
à l’armée en temps de paix. Véronique Martchenko présidente de l’association ainsi que la directrice de l’association psychiatrique
indépendante de Russie, Lioubov Vinogradova participaient à cette table ronde dont le thème était l’expertise indépendante dans les affaires
impliquant la mort des appelés dans l’armée russe.
Véronique Martchenko a ouvert la conférence de presse en annonçant des chiffres accablants. Sur la seule année 2007, ce sont 5 000
familles de soldats morts pendant leur service militaire qui se sont adressées à l’association. La place de leader dans cette statistique
macabre est détenue par la région militaire de Privoljsko Oural avec 28% des cas de décès, suivie par la région militaire de Moscou à 27%
et la région Caucase nord avec 20% des cas. Après les 40% de « suicides » dans le décompte des décès à l’armée, viennent les 20% de
maladies diverses d’arrêts du cœur ou hémorragies. Viennent ensuite 12% d’accidents.
Souvent les familles des soldats découvrent des contradictions flagrantes entre leurs observations et la version officielle de l’armée. Les
corps des soldats qui se sont, selon les dires de l’armée, suicidés, sont couverts de traces de coups et de blessures. Les familles reçoivent
des lettres anonymes des camarades de chambrée du disparu qui parlent de pratiques hors la loi, de violences physiques, de racket.
« D’avril à décembre 2007, le tribunal militaire d’Orenbourg étudiait l’affaire criminelle concernant Ivan K. de la région de Pensa. Ivan fut
appelé a l’armée le 27 novembre 2005. Il fut découvert mort le 11 décembre 2006 dans une cave de sa caserne, étranglé avec une ceinture.
Ses parents n’ont pas cru au « suicide » de la version officielle. Une enquête a eu lieu, qui a mis en évidence des mauvais traitements aux
conséquences graves. Les parents d’Ivan pensent que ces mauvais traitements ne sont pas suffisants pour avoir provoqué le suicide de leur
fils et affirment qu’il s’agit d’un meurtre. »
Comme le note Véronique Martchenko, un expert est nécessaire, qu’il s’agisse de suicide, d’un suicide provoqué ou d’un meurtre pour
chercher les réponses à toutes les questions qui se posent. Dans tous ces cas il faut une expertise médicolégale, une expertise psychiatrique
indépendante. Les conclusions des experts militaires sont souvent tendancieuses et tendent à prouver que la responsabilité de ce qui est
arrivé incombe au soldat lui-même.
« En juin et juillet 2007, le tribunal de l’arrondissement de Tchkalov d’Ekaterinbourg a étudié la plainte déposée par l’association «Le Droit
des mères » au nom de Zinaïda L. dont le fils est mort à l’armée. Iaroslav né en 1982 fut appelé le 4 décembre 2002 dans le régiment
69771 de la région de Sverdlovsk. Une année plus tard, le 6 décembre il fut tué. Au soir du 5 décembre à 23 heures, il fut attaché à la
clôture de la caserne sur ordre du commandant de sa compagnie. Un sergent et un soldat l’ont frappé et torturé à l’électricité pendant
plusieurs heures. A cinq heures du matin, Iaroslav est mort de choc traumatique, toujours crucifié à la clôture devant de nombreux témoins.
Deux ans plus tard, le tribunal a condamné les coupables à des peines allant de 8 ans de camp à 2 ans de camp avec sursis.En juin 2007,
l’association «Le Droit des mères » réclamait au ministère de la Défense russe une « compensation » financière pour la mère
de Iaroslav. Le procès fut gagné. »
Source, Vera Vassilieva, HRO Droits de l’homme en Russie.
 © La Pensée russe
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