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Michel Lys, médecin psychiatre, addictologue
Une idée de la distance « culturelle » qui nous sépare est le rôle de la religion. Un intervenant a présenté les principes de la réhabilitation en insistant sur l’importance des « cours spirituels avec visite des lieux de culte. » Il est certain que pour les intervenants français, croyants ou incroyants, cette forte présence des valeurs de l’orthodoxie a quelque chose d’un peu… exotique. Le prêtre a lui-même bien résumé les choses en posant la question de savoir si la toxicomanie était une maladie ou un péché. En d’autres termes, il est impossible de comprendre ce qui se passe à Saint-Pétersbourg et plus généralement en Russie sans tenir compte (mais comment ?) de ce facteur. Aider l’Eglise à avoir une vision « éclairée » sur ces questions est un enjeu en tant que tel. A combien estime-t-on le nombre de celles et ceux qui relèvent du triple diagnostic à Saint-Pétersbourg ? Que faut-il mettre en œuvre pour les soigner ? Comment établir une coopération entre structures ? Questions d’autant plus sérieuses que les données épidémiologiques sont inquiétantes : par exemple le fait que le nombre d’injecteurs, après avoir diminué entre 2001 et 2004, a recommencé à augmenter pour retrouver en 2006 le niveau de 2001. Bref la dynamique de l’épidémie continue à être largement hors de contrôle. Une autre difficulté, tient au fait que les politiques tant en matière de sida que de toxicomanie doivent être globales et cohérentes articulant prévention, dépistage, soins du VIH et soins de la toxicomanie, soutien psychosocial. Et la politique de dépistage reste largement contre-productive, pour ce que j’en ai compris. Le but des toxicomanes et d’autres catégories de la population (prostitué(e) s, SDF…) est d’y échapper. Si l’on y ajoute la nécessité pour les patients toxicomanes d’être sevrés pour recevoir un traitement antirétroviral (pas de traitements de substitution), les réticences des soignants et le manque de moyens financiers, last but not least la situation dans les prisons, on comprend que les patients à triple diagnostic posent problème… Sur le fond : les conceptions semble-t-il anciennes « idéologico politique » et religieuse de la toxicomanie et du sida supplantent les notions de santé publique dans la prise en charge de l’infection par le VIH. L’expérience française que nous avons présentée, basée sur un modèle pragmatique permettant de répondre à une urgence de santé publique, stopper la transmission d’une infection et assurer un accès aux soins (grâce à une politique de réduction des risques, des traitements de substitution et une collaboration entre équipe spécialisées en toxicomanie et équipe de pathologie infectieuse), a intéressé un certain nombre de participants à la conférence et leur a permis d’évoquer à plusieurs reprises l’intérêt des traitements de substitution. Anne-Marie Simonpoli, médecin infectionniste En ce qui concerne le soutien à ce projet, il me semble important de pouvoir proposer un travail sur ces thèmes et en particulier : - la prévention sexuelle avec mise à disposition de préservatifs, message sous forme d’affichage et de brochure - la prévention lors de l’injection en cas de rechute - les effets secondaires des traitements et l’observance thérapeutique Pour ce qui est de l’hôpital Botkine, le personnel du service visité montre un niveau de compétence et d’empathie avec les personnes hospitalisées cumulant VIH -Toxicomanie - Précarité qui révèle un certain pragmatisme plutôt éloigné des considérations idéologico religieuses décrites auparavant. C’est l’urgence de la maladie qui dicte la prise en charge. Le manque de moyens en personnel, en matériel, en locaux adaptés est criant !!! Le nombre grandissant de décès de patients jeunes (32 ans de moyenne d’âge) souvent de tuberculose multi résistante confronte les soignants à une souffrance au travail, un burn out comme l’appelle les anglo-saxons, qui n’est absolument pas pris en compte par les tutelles. Cette équipe médico-psycho-sociale est dirigée par un chef de service qui a été en stage dans le service du Professeur Kazatchkine à l’hôpital Georges Pompidou à Paris et a mis en place un certain nombres de mesures pour faciliter l’accès aux soins des plus démunis. Cependant, un nombre non négligeables de patients VIH, environ 10% ne peuvent avoir accès à aucun soin ni traitement en dehors de la tuberculose car ils sont SDF et n’ont aucun droit.
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