L'histoire d'une vie
Témoignage
Chaque jour, environ 110 Russes sont infectés par le virus du sida. Selon les statistiques du ministère de la Santé et du
Développement social de Russie, on recense officiellement à l'heure actuelle en Russie 362 000 séropositifs, et selon les pronostics des
spécialistes, ce chiffre devrait atteindre 400 000 individus d'ici la fin de l'année.
Ces données ont été citées lors d'une conférence de presse par Dmitri Goliaïev, directeur du projet du fonds "Santé publique russe", qui estime
par ailleurs que les chiffres officiels sont inférieurs de 2,5 fois à la réalité et que le nombre de personnes infectées par le virus du sida pourrait
atteindre le million à la fin de l'année en cours.
Source : Meditsinskaya gazeta, 24-08-2007
Dans la vie on se trouve en permanence devant des choix, souvent devant des choix de vie ou de mort, de bien ou de
mal. En ce qui concerne ma vie à moi, elle a pris un tournant quand j’avais 17 ans, quand j’ai commencé à me droguer.
Je poursuivais mes études, mes amis étaient plus âgés que moi, ils faisaient du sport. L’un d’eux rentrait du service militaire, à l’armée il avait goûté à l’opium noir.
Quand l’héroïne est apparue dans notre quartier, il me proposa d’essayer. Deux garçons de notre groupe en prenaient déjà et je me suis joint à
eux. A ce moment-là, mes amis étaient devenus délinquants.
Le lycée est passé au second plan. Un an et demi plus tard les vrais problèmes ont commencé, j’avais la police sur le dos. Sur le conseil d’amis, mes parents ont payé des pots de vin à la police et m’ont changé de lycée.
Je suis rentré à l’hôpital pour y être sevré, je me suis inscrit à l’université. Puis j’ai été renvoyé, des bruits avaient couru sur mon inculpation,
même si celle-ci avait été annulée.
J’ai été réformé à l’armée, les médecins avaient découvert les traces de piqûre sur mes bras. Pas de travail, les employeurs ne voulaient pas de
moi, mes parents se sont détournés de moi. Je volais, j’agressais les gens, le mensonge et l’arnaque étaient devenus ma carte de visite. Je me
suis retrouvé en prison. Là-bas j’ai appris que j’étais séropositif. On m’a enfermé dans une section spéciale réservée aux personnes infectées.
Extérieurement je semblais en parfaite santé, comme d’ailleurs beaucoup de mes co-détenus, mais nous étions tous séparés les uns des autres.
Les gardiens nous traitaient comme des animaux, nous étions des pestiférés. Il y avait de la drogue dans le camp et quand j’ai été libéré, je suis
retourné à ma vie précédente. J’ai essayé d’arrêter plusieurs fois, de trouver un travail mais à chaque fois sans succès.
J’ai commencé à travailler au noir sur un chantier de construction, six jours par semaine et douze heures par jour. J’étais le seul Russe parmi
des Ouzbeks et des Tadjiks. Je souffrais le martyre, j’avais si mal, mais je voulais prouver que j’étais capable de travailler et de ne plus me
droguer.
Personne ne s’occupait de moi, j’étais un drogué séropositif sortant de prison. Je ne pouvais pas me faire soigner gratuitement les dents :
j’avais honnêtement prévenu que j’avais une hépatite et que j’étais séropositif, alors on m’a mis dehors. Je ne voyais plus de sens à ma vie. J’ai
rencontré une fille et nous sommes tombés amoureux. Je lui portais des fleurs, des cadeaux. Un jour j’ai décidé de tout lui dire de mon passé,
de ma maladie. J’avais organisé un dîner aux chandelles, elle s’est levée et est partie. Je ne l’ai jamais revue.
J’ai retrouvé mon dealer, j’ai acheté 10 grammes pour en finir avec la vie, mais après la piqûre je me suis réveillé. Mes parents m’ont chassé, je
vivais dans la rue. J’étais devenu un monstre. Je me suis retrouvé à l’hôpital municipal Botkine. Là-bas j’ai entendu parler du Moulin du Ruisseau*.
Ils m’ont accepté, m’ont aidé, je suis assis et j’écris l’histoire de ma vie.
 © Bogdan
*Centre de réhabilitation pour toxicomanes de l'association Le Retour de Saint-Pétersbourg
|