LA NOUVELLE POUDRIERE DU CAUCASE

L’héritage du conflit tchétchène a noyé tout le Nord-Caucase dans l’instabilité et l’arbitraire. C’est tout particulièrement sensible en Ingouchie comme le signale un rapport de Human Rights Watch récemment publié. L’association internationale des droits de l’homme appelle le gouvernement russe à modifier les moyens de lutte utilisés contre les formations armées illégales et à mettre un terme à l’impunité des forces spéciales. C’est primordial pour ne pas laisser s’installer en Ingouchie une crise des droits de l’homme de grande ampleur sur le modèle « tchétchène ».

Le rapport ayant pour nom « Ils sont comme tombés du ciel ! Contre-terrorisme, atteintes aux droits de l’homme et impunité en Ingouchie » documente les graves entorses aux droits de l’homme portées au crédit des collaborateurs des structures des forces spéciales au cours des opérations contre les rebelles. Les cas constatés sont des arrestations arbitraires, des actes de tortures et de traitements inhumains ou dégradants, des exécutions extrajudiciaires et des disparitions provoquées. Le rapport englobe la période 2007 - début 2008 et inclut le contexte politique et juridique des violations des droits et des libertés.


« Les crimes en Ingouchie, bien que d’une ampleur bien moindre, rappellent les disparitions forcées, les crimes et les tortures pratiqués en Tchétchénie pendant plus de dix ans. » Ainsi parle Tania Lokchina, enquêteur au département Europe et Asie centrale de Human Rights Watch. La cruauté des mesures antiterroristes, la violence et l’arbitraire provoquent l’antagonisme de la population locale. Au lieu de contribuer à l’anéantissement des formations armées illégales, les méthodes de « guerre sale » utilisées par les forces antiterroristes engendrent la déstabilisation future de la situation en Ingouchie et dans tout le Nord-Caucase.

Ces dernières années en Ingouchie, l’activisme des rebelles a beaucoup augmenté dans le but de déstabiliser la situation et - à long terme - de chasser du pays les forces armées fédérales pour créer un état islamique dans le Nord-Caucase. Depuis l’été 2007, les attaques contre les forces fédérales, leurs collaborateurs ou les simples civils se répètent malgré les efforts des forces russes pour liquider les groupes armés clandestins. Ces forces fédérales répondent aux attaques des rebelles par l’arrestation des personnes soupçonnées d’être liées aux rebelles. Ces arrestations prennent la forme de rapts, les personnes saisies sont torturées et parfois disparaissent sans laisser de traces. Les « rapts » et les meurtres se passent souvent en Ingouchie dans le cadre des opérations spéciales rappelant les « zatchistki » (opérations de nettoyage) massives et ponctuelles utilisées lors du conflit tchétchène. Un village, un quartier, un immeuble est encerclé par des hommes armés, souvent masqués, qui fracassent les portes, entrent dans les maisons, ouvrent le feu, frappent et humilient les habitants, détruisent leurs biens.

HRW, Moscou, 25 juin 2008

Rappel : La liquidation de l'ignorance chez les femmes enceintes

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